Je suis titulaire de la Chaire de recherche du Canada en philosophie de la logique et des mathématiques à l'UQÀM depuis le 1er juin 2003 (renouvelée en 2008 jusqu'en 2013), et professeur titulaire au département de philosophie. Après des études de philosophie à l'Université de Montréal (B.A., 1984 ; M.A., 1986), j'ai obtenu en 1991 le D.Phil. de l'Université d'Oxford (New College) avec une thèse sur la philosophie des mathématiques de Wittgenstein, sous la direction de Sir Michael Dummett. Par la suite j'ai fait des stages d'études post-doctorales sous la direction de Crispin Wright à l'Université de St. Andrews en Écosse, en 1991-92, sous la direction de Jaakko Hintikka à l'Université de Boston en 1992-93, et sous la direction d'Yvon Gauthier à l'Université de Montréal en 1993-94. J'ai enseigné par la suite à l'Université d'Ottawa, de 1994 à 2003. Je possède par ailleurs le statut permanent de Visiting Scholar au Wolfson College de l'Université d'Oxford et de « filosofian dosentti » (habilitation à enseigner) à l'Université d'Helsinki, où j'ai enseigné en 2008 et 2010. J'ai été professeur invité à l'Université de Lettonie à Riga en 2000 et 2010, à l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et à l'Université Keio de Tokyo en 2008, ainsi qu'à à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne en 2011. Je serai professeur invité à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris en 2012.
Mes travaux ont porté principalement sur la philosophie de Wittgenstein. Une version révisée et augmentée de ma thèse de doctorat est parue en 1998 sous le titre Wittgenstein, Finitism and the Foundations of Mathematics, reimprimée en « paperback » en 2008. J'ai aussi écrit une brève introduction à la lecture du Tractatus logico-philosophicus et publié des articles sur Wittgenstein dans Synthese, Review of Political Economy, Wittgenstein Studien, Archives de philosophie, Dialogue et Philosophiques. Ces travaux portent entre autres sur les rapports entre la pensée de Wittgenstein et celles des mathématiciens L. E. J. Brouwer et R. L. Goodstein, de l'économiste Piero Sraffa, et des philosophes Rudolf Carnap, Frank Ramsey et Bertrand Russell. J'ai entre autres publié un article avec Paolo Mancosu (Université de Berkeley) sur une preuve mathématique découverte dans les manuscrits de Wittgenstein, une version constructive du théorème d'Euler sur l'infinité de nombres premiers. J'ai aussi publié en collaboration avec Pascal Engel une traduction française des principaux écrits philosophiques, mathématiques et économiques de Ramsey.
Si je m'intéresse à l'histoire de la philosophie, c'est non seulement parce que je crois qu'elle nous permet de mieux comprendre le contexte philosophique actuel mais aussi dans l'espoir d'y trouver des idées qui pourraient jouer à nouveau un rôle aujourd'hui. Je lutte par ailleurs contre cette tendance fâcheuse à se cantonner à une histoire officielle, réduite à l'étude à certains textes de quelques auteurs canoniques. Je me suis donc intéressé en outre à (1) un courant philosophique négligé de la philosophie britannique du début du XXe siècle, le réalisme d'Oxford, qui est à l'origine des théories réalistes de la connaissance d'auteurs aussi variés que J. L. Austin, J. McDowell, et T. Williamson. Dans la foulée de ces travaux, je me suis aussi intéressé à l'idéalisme britannique, avec des publications sur Bradley, McTaggart et, surtout, Collingwood, qui fut un des premiers à pointer du doigt les aspects « dynamiques » de la connaissance. J'ai récemment dirigé avec Sébastien Gandon (Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) un numéro spécial de la revue Philosophiques sur l'idéalisme britannique, et je prépare, en collaboration avec Guido Vanheeswijck (Université d'Anvers) une édition des derniers manuscrits inédits de Collingwood, Realism and Idealism. Central Problems in Metaphysics pour l'Oxford University Press, qui devrait réhabiliter ce dernier en le replaçant parmi les grands métaphysiciens britanniques de son époque, avec Samuel Alexander et A. N. Whitehead. (2) Mes travaux sur l'histoire de la philosophie analytique portent désormais sur Russell. Ces travaux s'encadrent désormais dans un vaste projet sur l'histoire de la philosophie britannique, au début du vingtième siècle. (3) Je me suis par ailleurs intéressé à l'œuvre du seul représentant du Cercle de Vienne en France, le controversé Louis Rougier, dont j'ai entre autres publié une longue biographie en collaboration avec une historienne allemande. (4) En philosophie des mathématiques, j'ai aussi publié sur Leopold Kronecker et Edmund Husserl.
L'étiquette « analytique » convient certes à la description de mes travaux, mais l'usage de ces étiquettes est essentiellement polémique et n'a rien de philosophique ; j'ai pour ma part continué à m'intéresser, ayant été formé dans cette tradition dans mon Alma Mater, à des auteurs « continentaux » comme en témoignent mes travaux sur les idéalistes britanniques et sur Husserl, mais aussi mes cours sur Hegel, Gadamer et Foucault ou encore un récent article en philosophie de l'histoire sur Gadamer et Collingwood. Je crois que l'étude de son histoire est une partie essentielle de la philosophie, mais je crois par ailleurs que c'est une erreur et une démission que de réduire la philosophie à son histoire. C'est paradoxalement une tendance qui est jeune dans l'histoire de la philosophie, remontant dans le contexte francophone à l'influence, hélas durable, de Victor Cousin sur l'enseignement de la philosophie en France ; pour ne prendre qu'un exemple, Husserl n'a jamais écrit un texte d'histoire de la philosophie.
J'ai travaillé dans le cadre de ma Chaire de recherche, à l'élaboration d'une philosophie anti-réaliste de la logique, dans la lignée de celles de Michael Dummett et de Jacques Dubucs dont elle constitue une version radicale en ce qu'elle rend compte de la « faisabilité », c'est-à-dire des capacités réelles des agents à raisonner. La difficulté principale à laquelle fait face toute tentative d'interprétation des actions par l'attribution de croyances en termes de normes de rationalité est que la logique employée, la logique classique, est trop « forte » ; ce qui cause des problèmes non seulement d'inadéquation empirique mais aussi des problèmes tels que celui de l'omniscience logique. Il faut donc voir si un affaiblissement structural radical de la logique (du genre de celui opéré par la logique linéaire) peut permettre de conserver cette approche tout en proposant des normes beaucoup plus faibles, qui rendraient compte du comportement réel des agents. Cette recherche porte donc en partie sur le concept de « rationalité », qui est selon moi plus « dynamique », que « statique ».
Ce « tournant dynamique » m'a conduit à l'étude de la sémantique de jeux et je travaille en ce moment sur les fondements philosophiques de cette dernière avec plusieurs articles en chantier, en collaboration avec Mitsuhiro Okada de l'Université Keio (Japon) et Helge Rückert de l'Université de Mannheim (Allemagne), ainsi que Benoît Castelnérac de l'Université de Sherbrooke, avec qui je travaille sur l'origine commune de cette sémantique et de la logique dans la pratique des joutes dialectiques, des présocratiques à Platon. Ces travaux font partie d'une étude de l'aspect « dynamique » de la logique, dans le but de renouveler certaines questions de philosophie de la logique (comme celle de l'anti-réalisme) et elles se joignent à mes recherches sur la « logique des questions et des réponses » de Collingwood (et, accessoirement, sur la logique de l'enquête de Hintikka).
Parmi mes activités académiques, je suis le rédacteur francophone de la revue Dialogue de l'Association Canadienne de Philosophie depuis juin 2003: la revue est publiée par Cambridge University Press depuis 2009.
J'ai aussi organisé à l'UQAM plusieurs colloques internationaux, dont Logique, ontologie, esthétique. L’âge d’or de la philosophie polonaise (septembre 2004), dont les actes sont parus en 2009 sous le titre The Golden Age of Polish Philosophy. Kazimierz Twardowski's Philosophical Legacy, Dynamic Logic (juin 2007), dont les actes sont parus en 2011 sous le titre Dynamic Formal Epistemology, Collingwood et la philosophie du vingtième siècle (octobre 2007), et les Conférences Hugues Leblanc inaugurales, en mars 2007, dont le conférencier invité fut Robert Brandom, ainsi que la 5e édition de ces conférences, dont l'invité était Alva Noë. J'ai en outre dirigé le comité local d’organisation du congrès annuel de la section nord-américaine de l’Association for Symbolic Logic, en mai 2006.